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Conférence du 18 janvier 2024  

Luc de Brbandere - Membre Springeurop
www.springeurop.eu

Introduction

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Après mes études d’ingénieur civil à l’UCL et, plus tard à 44 ans, de philosophie, j’ai trouvé mon premier emploi dans l’internet, concept qui soulevait déjà à l’époque d’immenses espoirs : accès à la connaissance, liberté, partage des richesses avec le tiers-monde, etc.

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Si j’avais dû à l’époque faire une conférence sur le sujet, j’aurais certainement choisi comme titre :

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« Quel internet pour quelle Europe ? »

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Aujourd’hui, 40 ans après, la tentation est grande pour moi d’inverser les deux parties de ce titre pour qu’il devienne :

« Quelle Europe pour quel internet ? »

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La différence n’est pas mince.

Car entre hier et aujourd’hui, en 40 ans, bien des choses ont changé, ce dont nous allons parler maintenant.

Je me propose de diviser mon exposé en trois parties :

  1. Que s’est-il passé dans le monde de l’internet depuis 40 ans, principalement en Europe ?

  2. Pourquoi cela s’est-il passé ainsi ?

  3. Que pouvons-nous espérer pour l’avenir ?

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Première partie
Qu’est-ce qui s’est passé depuis 40 ans ?

Je ne puis m'empêcher de me remémorer une des phrases favorites d’un de mes meilleurs amis, André Mahy, aujourd'hui disparu, et à l'époque mon partenaire de tennis ici même au Léopold club. Il disait en substance « il ne faut pas se retourner sur une balle perdue ».

Faisons-le quand même aujourd'hui, pour quelques instants. Non pas par nostalgie, mais afin de mieux comprendre comment nous avons pu perdre une situation au départ si avantageuse dans le développement initial d’Internet, au bénéfice des États-Unis.

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Il y a 40 ans, l'Europe était la grande pionnière dans le domaine de l'internet, celui-là même qui débouche maintenant à une vitesse stupéfiante vers l'intelligence artificielle (IA) que nous engloberons pour les besoins de cette présentation dans l'internet.

Aujourd’hui, tout a disparu, et cela presque exclusivement au bénéfice de l’Amérique.

Si on regarde le cimetière de toutes ces sociétés, et donc ce gigantesque rendez-vous raté pour l’Europe, on distingue clairement 3 types de situations, derrière des idées souvent révolutionnaires et géniales :

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  • De grandes entités qui n’ont pas réussi à avancer, évoluer, s’adapter ;

  • Des petites structures naissantes qui n’ont pas réussi à grandir, à surmonter les difficultés rencontrées sur les marchés et leur environnement hautement concurrentiel ;

  • Finalement et c’est peut-être le plus triste, celles qui, après avoir surmonté ces obstacles, se sont fait racheter, un peu plus tôt ou un peu plus tard, par de grands groupes américains.

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Accordons-nous sur quelques exemples de ce qui s’est passé :

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Des grandes entités, qui souvent n’ont pas réussi à avancer, évoluer, s’adapter :

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  • Comme « champions européens » débarquant dans ces nouvelles technologies, nous avions à l’époque Bull en France, Olivetti en Italie, Siemens en Allemagne et Philips en Hollande ; mais aussi Nokia en Finlande, Sinclair au Royaume-Uni (avec son ZX81 qui était un des tous premiers « petits » ordinateurs) ; le Minitel en France, vrai précurseur, coup de génie, qui était vraiment le premier « Internet » - 10/15 ans avant tous les autres ; et j’en passe.

  • Un peu plus tard, l’Internet proprement dit a été créé par 2 européens du CERN, Tim Berner-Lee (anglais) et Robert Cailliau (belge). Je ne m’étendrai pas longtemps sur ce sujet, et pour ceux qui sont intéressés je recommande la lecture du livre « Alexandria » qui raconte en détail le déroulement (malheureusement non couronné de succès) de cette aventure. Juste une anecdote : ces deux chercheurs ont fait des pieds et des mains pour avoir un rendez-vous avec Jacques Delors, Président de la Commission Européenne à l’époque, et se sont heurtés à des fins de non-recevoir systématiques de son Cabinet. Encore une extraordinaire opportunité manquée en Europe pour y garder le développement embryonnaire de l’Internet.

  • A contre-courant, quelques succès pérennes et toujours européens :

    • La création du réseau SWIFT (en Belgique), devenu mondial depuis ;

    • Spotify : fondé en Suède en 2006 par deux entrepreneurs, devenu l'un des services de streaming musical les plus populaires à l'échelle mondiale ;

    • Airbus.

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Des rachats de « Success Stories » par des groupes américains :

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  • Skype, développé au départ par des Estoniens et des Finlandais, rachetée en 2011 par Microsoft pour environ 8,5 milliards de $ ;

  • Booking.com, structure créée au départ par 2 entrepreneurs néerlandais, acquise par Price line Group aux USA en 2005, société qui a fondé Booking.com ensuite.

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Des erreurs stratégiques grossières, des détails qui n’en sont pas :

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  • Pour Nokia en Finlande, un refus catégorique du management d’abandonner au moment opportun le principe du clavier à touches du Nokia 1100 lancé en 2003 (et ce pour un écran tactile), ce modèle ayant déjà été vendu à des centaines de millions d’exemplaires dans le monde entier, avec Nokia leader mondial du marché ;

  • Pour le Minitel en France, des hypothèses de travail absurdes imposées dans la méconnaissance des marchés et des évolutions technologiques et de société, comme le clavier ABCDE en lieu et place de AZERTY ;

  • Pour l’invention révolutionnaire des deux chercheurs du CERN (Berner-Lee et Roger Caillot) le manque de vision des États et ultimement des instances européennes : en effet, peu après le rendez-vous manqué avec le Cabinet Delors, ces deux entrepreneurs ont concrétisé des contacts avec le MIT de Boston et l’Internet naissant a déménagé avec armes et bagages aux USA.

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En conclusion, l’Europe, malgré toutes les bonnes cartes dont elle disposait pour devenir un leader mondial dans les technologies de l’internet, n’a pas pu y réussir, laissant la part belle aux États-Unis.

Deuxième partie
Pourquoi ?

Réalité et perception

Complémentarité des talents

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Pour expliquer pourquoi les choses se sont passées ainsi en Europe avec l’Internet, je vais faire un détour par un monde qui n'a rien à voir avec ce dernier, l'astronomie.

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Après des millénaires durant lesquels l’homme pensait exactement le contraire, Copernic a été le premier (au milieu du 16e siècle) à dire que c’était la terre qui tournait autour du soleil.

Cette histoire est extraordinaire à plus d’un titre, car les travaux du polonais Copernic ont été complétés par ceux de Galilée l’italien (théorie héliocentrique) grâce à un télescope imaginé par un scientifique hollandais, et ensuite par les travaux du mathématicien astronome allemand Kepler qui a travaillé sur des données rassemblées par le danois Tycho Brahé, et tout cela sera finalement repris dans une synthèse magistrale par l’anglais Newton !

Cet exemple montre une collaboration réussie (à l’époque !) en complémentarité entre des scientifiques européens contemporains de nombreuses nationalités différentes.

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Le métier de la science n’est pas de changer la réalité des choses, mais bien la perception que l’on en a. Le système solaire est aujourd’hui exactement comme dans l’Antiquité mais grâce à ces savants nous le voyons différemment.

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La créativité est souvent européenne, mais l’innovation définie comme la capacité de changer la réalité des choses est le plus souvent américaine.

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Ce concept de complémentarité est important. L’histoire nous montre que des carences peuvent souvent être comblées par la mise en place de binômes, qui réunissent adroitement ces deux compétences trop souvent séparées.

Citons comme exemple dans les sociétés leurs noms mêmes : Mercédès Benz, Rolls Royce, Hewlett Packard ; ou encore Yves Saint Laurent qui n’aurait probablement pas pu créer son empire de mode sans les compétences complémentaires de Pierre Berger ; ni Jules Vernes débrider son extraordinaire imagination sans la rigueur de son éditeur, le ramenant de force aux réalités.

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Et voici d’autres exemples de réussites ou de difficultés qui sont la conséquence de la bonne ou moins bonne symbiose dans le binôme changement / perception du changement :

  • Starbucks : Le cappuccino est italien !! Mais il a fallu des Américains dans les années septante - alors qu'il n'y avait pas de cappuccino aux Etats-Unis - pour développer cette multinationale sur la base d’un produit (la réalité – le cappuccino) grâce à une nouvelle perception de ce dernier, pour en faire un produit de masse.

  • De manière semblable on peut citer Disney : si vous regardez l'histoire de Walt Disney et de ce qui fut à l’origine du succès de sa société, c’est bien le changement de perception de l’histoire de Blanche Neige - héroïne intemporelle des contes de Grimm – transposée sur un support original (le dessin animé) ;

  • Je citerai enfin l'exemple de la Générale de banque qui a fusionné avec la Caisse Générale d’Épargne et de Retraite pour devenir Fortis : alors que la fusion de ces deux entités était une réalité juridique, pendant un long moment encore à l'intérieur des bureaux de la nouvelle institution fusionnée il y avait une partie des employés qui pointaient et d'autres pas, et qui rentraient donc par des entrées marquées spécifiquement ex Fortis et ex CGER.

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En conclusion, je dirais donc que contrairement à ce qui s’est passé (se passe) aux USA, et comme le montre les exemples cités, l’Europe n’est pas arrivée à fédérer les talents, essentiellement autour du binôme de l’analyse de la réalité et de la perception de cette dernière, et cela aussi bien dans les microcosmes des sociétés qu’au niveau des États et finalement de l’UE.

Troisième partie
Comment remédier à cette carence

Je n’aime pas trop dire ou énoncer ce qu’il faut faire, car mon métier est beaucoup plus de digresser sur le « comment penser » que sur le « quoi penser » et je souhaite surtout éviter les « il n’y a qu’à » et autres « il suffit que ».

Cela étant dit, je suis absolument convaincu qu’il y a beaucoup de choses à faire en tant qu’européen.

Je propose quatre pistes de réflexion pour induire à l’avenir les changements indispensables.

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(1)    Retrouver notre indépendance, autonomie et souveraineté

 

L’Europe doit refaire sienne ces valeurs qui se sont perdues au cours de son histoire récente. Sans elles, bien des batailles ne peuvent être gagnées.

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Prenons l’exemple du marché du « cloud computing », ce marché (qui consiste à gérer le stockage de données pour compte de tiers) est largement dominé au niveau mondial par des acteurs américains de grande taille (Amazon Web Services, Microsoft Azure, Google Cloud platform) qui sont en développement extrêmement rapide, ne laissant aux acteurs européens (SAP, Deutsche Telekom, Amadeus IT, Cap Gemini) que des parts de marché marginales.

Qui plus est, la perception de ce concept reste très négative en Europe, beaucoup d’acteurs économiques considérant encore que cette manière de faire présente de grandes incertitudes (confidentialité, sécurité) sans percevoir les avantages (décentralisation, spécialisation sur les métiers de base).

 

(2)    Assouplir les réglementations

 

Les réglementations sont indispensables dans la vie moderne complexe, mais dans bien des situations la manière de les implémenter pourrait les améliorer, en les remplaçant par des régulations.

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Prenons l’exemple d’un carrefour : l’objectif est que l’on puisse le traverser en sécurité en maintenant de bonnes normes d’efficacité et de liberté. Il peut être réglementé par la mise en place de feux rouges, verts quand c’est à soi de passer. L’efficacité souffre s’il y a peu de trafic, car les automobilistes sont obligés d’attendre sans raison. En remplaçant cette réglementation par une régulation comme un rond-point, où chaque nouveau venu est débiteur de la priorité, on combine mieux organisation et efficacité. Une régulation autorise une « distance » par rapport une règle, ce qui est source d’efficacité et de souplesse.

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Autre exemple : le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données). Cette réalisation est considérée comme un succès. Néanmoins n’est-elle pas trop étroite ? En effet, au-delà des considérations relatives à la protection de la vie privée, ne faudrait-il pas se pencher sur les méta données (qui les traitent et les assemblent) et qui sont utilisées dans des algorithmes ? D’après de nombreux experts, ceux-ci devraient être réglementés pour assurer la transparence de leurs fonctionnements. L’Europe n’est pas de reste dans ce domaine, ayant déposé le 9 décembre dernier un premier texte visant l’organisation (ou le contrôle du fonctionnement) de l’environnement de l’intelligence artificielle.

Toujours dans le cas de la protection des données, le souci rencontré par les velléités de réglementation est la vitesse avec laquelle la technologie sous-jacente (les méta données et l’intelligence artificielle) se développent. Ces dernières créent de nouveaux problèmes liés à la propriété intellectuelle. ChatGPT (langage d’intelligence artificielle) est en effet devenu de facto le plus grand hold-up de tous les temps, car toutes les données qui y ont été transférées devraient être, et ne sont plus soumises aux réglementation qui régissent la propriété intellectuelle.

Inversement, le RGPD fonctionne souvent comme un frein pour l’utilisation des données dans la vie courante. Par exemple, et comme anecdote, j’ai commencé un livre pour apprendre aux enfants à penser, et j’ai demandé à un dessinateur de créer une pipe de face avec en-dessous la légende « ceci n’est pas une pipe ». Renseignements pris, il fallait payer €500 de droits d’auteur pour faire cette image et employer cette légende, et j’en ai alors abandonné le projet.

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Remplacer à grande échelle en Europe des réglementations rigides par des régulations plus souples serait certainement source d’efficacité et de productivité.

 

(3)    Être créatif, par exemple dans le monde de la finance

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Comme vous le savez certainement, il y a une dizaine de jours le premier ETF (fonds d’investissement) libellé en crypto-monnaies (bitcoins) a finalement vu le jour à Wall Street, ayant reçu les autorisations nécessaires des autorités compétentes à cet effet.

Cette évolution était prévisible, et ici aussi l’Europe aurait pu être précurseur et devancer les Américains en créant le crypto Euro, et cela en mettant au point une réglementation sur des produits par ailleurs complexes.

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Pour revenir un peu en arrière sur les crypto-monnaies et le bitcoin, je dirais en bref qu’il s’agit d’une nouvelle architecture dans l’Internet, basée sur le concept de la

« Blockchain ». Dans celle-ci, toutes les transactions sont identifiées sans la nécessité de l’intervention d’intermédiaires (banquiers, notaires, avocats). Grâce à cette nouvelle technologie, on (tout le monde) sait (ou peut savoir ou démontrer) qui est propriétaire d’un bitcoin XX et qui en était le propriétaire précédent. Pour faire une comparaison, c’est comme si on pouvait savoir, pour chaque billet de banque et grâce au numéro qui est imprimé dessus, qui en est le propriétaire actuel et comment cette propriété est née.

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(4)    Refondre l’enseignement (travailler sur la perception)

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Comme je l’ai dit au début de cet exposé, pour réussir un changement il faut à la fois faire le changement (ou l’action) et en changer la perception (qui ne doit pas rester l’ancienne).

Je crois que les Européens ne se rendent pas suffisamment compte de ce qui se passe et des enjeux sous-jacents.

Il y a actuellement une perception très négative de l’Union européenne et de l’Europe en général ; elle est grossièrement injuste, quand on regarde la création de valeur ajoutée du marché unique et ses avantages induits.

Les responsables politiques doivent comprendre que leurs actions, attitudes, et choix peuvent avoir sur cette perception un impact important. Deux exemples :

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  • M. Santer, antérieurement 1er Ministre du Luxembourg, est ensuite devenu Président de la Commission Européenne, poste qu’il a exercé de 1995 à 1999. En 2003, Amazon a décidé d’établir son siège social au Luxembourg. Il est de notoriété publique que l’environnement général des affaires (et de la fiscalité) était très favorable aux multinationales dans ce pays à cette époque. La perception de ce qui est arrivé (ou ne l’est pas) est très négative.

  • Le Président Barroso, ancien 1er Ministre du Portugal, ancien Président de la Commission Européenne (2004 – 2014) est devenu, peu après la fin son mandat (en 2016), Président non exécutif chez Goldman Sachs, fonction rémunérée bien entendu. Il a pu profiter de son ancien carnet d’adresse constitué à la Commission pour ouvrir des portes dans tous les cabinets européens à Goldman. Problème de perception publique identique.

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Au niveau de la perception, et de la manière dont on crée et / ou influence cette dernière, je pense que tout doit commencer très tôt, c’est à dire dans l’enseignement.

A l’origine de la perception il y a la connaissance, le savoir. Si on regarde ce qui se passe en Belgique, on assiste à des bagarres de gros sous entre les deux grands canaux traditionnels de l’information, la Presse écrite et la Presse audiovisuelle (RTBF), vraisemblablement pour de l’influence et des parts de marché. Mais ne s’agit-il pas d’un combat d’arrière-garde ? De nos jours, les jeunes se renseignent essentiellement sur TikTok. Et donc, si on veut juger, et éventuellement agir sur leurs sources d’information, c’est de l’analyse de cette plateforme que la démarche doit partir.

Plus en amont encore, on souhaitera qu’ils disposent le plus rapidement possible, via leur enseignement, du jugement et de l’esprit critique. A ce sujet, j’ai personnellement suivi dans mon adolescence des cours de Grec, et aujourd’hui encore je pense que c’est la meilleure façon d’accéder à la logique, base de tout raisonnement de qualité. Je me bats d’ailleurs pour essayer d’introduire un cours de logique dans le cursus des études moyennes, surtout parce que je crains que le Grec ne soit carrément abandonné, au bénéfice d’autres sujets.

 

La Logique est indispensable, non seulement pour tout un chacun qui s’intéresse à la philosophie, mais aussi dans le monde des affaires et donc de l’emploi. Je crois qu’il n’existe aujourd’hui plus un seul job derrière lequel ne se cache pas un algorithme (dont l’ADN est la logique) ; ceux-ci sont devenus indispensables dans toutes les boîtes à outils. Mais bien sûr, on peut en avoir une très belle et ne pas être bricoleur !! Et c’est là qu’interviennent les professeurs, dont la tâche est d’apprendre à leurs élèves à utiliser correctement leur boîte à outils.

CONCLUSIONS

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Quelle Europe pour quel Internet ? Il n’y a pas un Internet, il n’y a pas une intelligence artificielle, et il n’y a pas une opportunité perdue dans une conceptualisation binaire.

Internet et un de ses prolongements, l’intelligence artificielle, ont été récupérés par les Américains, soit. Mais les opportunités que ces nouveaux marchés et ces nouvelles technologies offrent sont magnifiques et diverses, et l’Europe est tout à fait capable d’en saisir de nombreuses.

Les arcanes politiques, au niveau des États et de l’UE, doivent en priorité insufler au plus grand nombre cette perception ; et ensuite œuvrer pour retrouver indépendance, autonomie et souveraineté, créer un environnement plus dynamique, ceci globalement au niveau des réglementations qui doivent organiser autant que contraindre, mais aussi des individus qui doivent retrouver le sens de l’entreprise et le goût du risque. Tout commencera par une refonte de l’enseignement.

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« Ne nous retournons pas sur une balle perdue ».

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